Notes sur l’exemplaire du troisième livre de pièces de viole de Marin Marais conservé à la Bibliothèque Municipale de Nantes

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Visite effectuée le 29 mars 2014

Introduction

J’ai pris le soin d’écrire cet article pour faire part de mes impressions et de ce que j’ai pu noter après avoir examiné l’exemplaire des « PIECES de VIOLES Composées par M. Marais ordin.re de la musique de La Chambre du Roy » conservé dans le fond dit « Patrimoine » de la Bibliothèque municipale de la ville de Nantes, qui se trouve au sein de la Médiathèque Jacques Demy.

Cet article n’a pas pour but d’être exhaustif et ne se veut en aucun cas un travail musicologique. Je le propose dans le seul but de partager mes impressions et notes concernant cet exemplaire, rare, d’une édition de musique pour viole de Marin Marais.

Tout d’abord, je dois indiquer qu’il m’a été très facile d’accéder au document et que tous peuvent le faire sur demande à la bibliothèque en présentant une pièce d’identité. Il est tout aussi facile de demander des copies de documents du fond Patrimoine en en faisant la demande.

Description

Il s’agit d’une édition posthume du troisième livre de pièces de viole de Marin Marais. En effet,plusieurs éléments indiquent que cette édition vient après la mort de M. Marais survenue le 15 août 1728. Premièrement, la date du privilège général accordé par le « Roy» : « le huitième jour du mois d’Avril l’an de grâce mil sept cent vingt neuf » (c’est de ma part ainsi une sorte de clin d’œil de publier cet article un huit avril, 285 ans plus tard). De plus, ce privilège royal est accordé à «Catherine Damicourt veuve de feu Marin Marais » dite aussi « la veuve Marais ». On voit à la fin de ce privilège qu’elle cède la moitié « dudit privilege a M.rs ses Enfans suivant l’acord fait entre eux ». Il est en effet fait mention sur la page des « Prix des Livres » à nouveau de la veuve Marais mais aussi de ses différents « enfans » chez qui se vendent les différents ouvrages ainsi que chez le S.r Boivin et le S.r le Clerc, tous deux marchands. Une recherche sur internet indique qu’un autre exemplaire posthume d’un des livres de Marais est aussi disponible à la bibliothèque de l’Université de Strasbourg (il pourrait s’agir du cinquième livre car il est indiqué comme étant gravé par Du Plessy, graveur de ce dernier livre).

Les pièces sont exactement les mêmes, et dans le même ordre que dans la première édition de 1711 du même livre.

Il semble que les plaques de gravure utilisées pour l’édition soient les mêmes que celles qui ont servi à l’édition de 1711. Cela est décelable par des traces de ce qui ressemble à des fissures dues à l’ancienneté de ces plaques et dans lesquelles l’encre se serait insérée, mais je peux me tromper. On retrouve donc ce type de fissures caractéristiques  imprimées à de nombreux endroits tout au long du livre.

L’impression est par endroits légèrement effacée, voire par moment floue. Quelques tâches oranges de rouille sont dispersées dans le livre ainsi que quelques traces de mouillures. Il y a des trous de vers sur le côté de la reliure, aucun dans le livre. La page 26 est déchirée en bas à gauche. On voit aussi à un endroit (page 62) ce qui semble être une petite boule de cire écrasée et qui nous fait voyager instantanément dans le passé, nous faisant imaginer comment elle est arrivée jusque là, par le geste malheureux d’un musicien du 18e siècle qui jouait en s’éclairant à la bougie. Il y a aussi à la seule page 22 des rajouts manuscrits de doigté pour le Menuet n°23 (voir photo) que ce même musicien imaginé a pu laissé de sa main. Ce sont les seules traces manuscrites du livre.

Cet exemplaire devait certainement appartenir à la bibliothèque du collège de l’Oratoire (la Congrégation de l’Oratoire est une société de vie apostolique catholique)  dont les collections ont servi à créer la première Bibliothèque publique nantaise en 1753. Le sexe d’un des angelots sur la gravure de la page de titre ayant été gratté et recouvert d’encre, on peut s’amuser à penser que cette opération à été nécessaire pour que ce livre entre dans la bibliothèque de cette congrégation catholique (on peut vérifier sur la façade de la chapelle de l’Oratoire de Nantes qu’aucun angelot nu ne laisse non plus apparaître cette partie de son corps, les corps étant dans des positions peu naturelles pour, dirait-on, satisfaire à cette nécessité de cacher). On ne retrouve aucune précision dans le catalogue Péhant (Catalogue méthodique de la bibliothèque publique de la ville de Nantes, 1859) ou les archives de la bibliothèque concernant la provenance du document. Il est donc tout à fait possible aussi qu’il ait pu être confisqué à la révolution et confié à la municipalité.

Il est à noter que le volume des basses continues accompagnant normalement ce livre est absent.

Impressions personnelles

Enfin, je finirai par donner mes impressions personnelles sur ce moment passé avec cet objet rare et important pour la musique et son histoire, qui nous vient d’il y a presque trois siècles. C’est avant tout un plaisir immense de le toucher, de pouvoir le voir aussi, mais de le toucher vraiment, « d’y mettre les mains » est encore plus fort. On sent vraiment un raffinement dans la gravure des pièces et des textes, c’est très agréable. On le ressent beaucoup plus que sur les éditions modernes en « fac simile » (ex. les éditions de Fuzeau qui sont beaucoup plus grosses que cette édition et qui ne rendent ainsi plus vraiment le charme et la finesse de la gravure).

Vous trouverez ci-dessous des copies effectuées par le personnel de la bibliothèque de la gravure de la page de titre, de la page « Prix des livres », de la page 22 sur laquelle se trouve des inscriptions manuscrites et enfin du privilège royal.

Théodore Bing, le 8 avril 2014, à Nantes.

 

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Gravure
Prix des Livres
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Page 22
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Privilège Général
Privilège Général

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