Chroniques de disques parues dans le magazine Guitare Classique n°72 mars-mai 2016

Voici trois chroniques de disques que j’ai écrites, parues dans le magazine Guitare Classique n°72 mars-mai 2016.

Francisco Bernier

Vals sin nombre
Contrastes Records

Beauté. S’il y a un mot pour décrire ce disque, c’est celui-ci. Tout y participe: la pochette, le livret et la musique. Le but avoué de ce disque est de révéler le lien entre musique pour guitare, en utilisant sa puissance d’évocation, et cinéma. L’album est construit comme la bande-son d’un film imaginaire, invoquant ce qu’il y a de plus beau et de plus important dans la guitare classique: sa douce mélancolie, plaintive, que seul le son de ses cordes peut produire. Le livret propose deux scénarios (en espagnol et en anglais) inspirés par deux morceaux, accompagnés de dessins et photos. F. Bernier fait un choix peu commun de pièces emplies de mélancolie et qui semblent toutes liées les unes aux autres. Comme dans un film, il y a une introduction et une montée en puissance émotionnelle, jusqu’à l’apogée: la Vals sin nombre (Powell), puis Yano Mori (Bogdanovic) et la Melodía Sentimental (Villa-Lobos) qui ont inspiré les deux scénarios. Enfin, une conclusion en douceur jusqu’au rappel de la Cancion triste de Fariñas.

 

 

Bisoli - Villa-Lobos - The Guitar Manuscripts 1Andrea Bissoli

Villa-Lobos – The Guitar Manuscripts – 1
Naxos
 
Premier volume d’une collection s’appuyant sur les recherches d’A. Bissoli autour de différents manuscrits pour guitare de Villa-Lobos. Le disque s’ouvre sur le prodigieux Concerto écrit pour Segovia. Puis Simples, qui n’est autre qu’une première version avec introduction de la Mazurka Choro. Le jeu de Bissoli est subtil et met bien en valeur chaque œuvre. L’album est vraiment original par son éclectisme: concerto, œuvres pour guitare seule, pour deux guitares (Cirandas, transcrites par E. Pujol, en duo avec Federica Artuso), pour voix et guitare, ou encore avec l’étonnant Motivos Gregos (pour flute, guitare et chœur féminin), au caractère méditerranéen, étrange et pur à la fois. On ressent la maîtrise de l’écriture pour la voix dans les émouvantes Floresta do Amazonas et la poignante Aria des Bachianas Brasileiras qui referme ce volume. A noter: l’enregistrement exclusif de la Cançao do poeta do seculo XVIII, ainsi que la courte mais belle Valsa dont c’est le premier enregistrement mondial.
 
 

Brasil Guitar Duo - Brouwer - Music for two guitarsBrasil Guitar Duo

Leo Brouwer: Music for two guitars 
Naxos
 
L’intégrale de l’œuvre pour deux guitares de Leo Brouwer (de 1957 à 2009) dont la diversité révèle les talents de magicien du compositeur! Le Tríptico a la saveur d’une musique pour ensemble ou orchestre. Les bien connues Micro piezas laissent entendre toute la maîtrise technique du DuoMúsica Incidental Campesina: quatre petites pièces très courtes, des petits chefs-d’œuvre malgré leur simplicité. Per suonare a due, où l’on dirait que Brouwer s’est efforcé de tout faire pour que les guitares ne sonnent pas ensemble (contrairement à ce qu’indique le titre), et où le Duo réussit à ne faire qu’un, permettant à la pièce en cinq mouvements de révéler toute sa poésie. On sent la passion dans les doigts et l’envie de partager l’œuvre talentueuse du compositeur. Puis on voyage, et on s’envole même par moment, avec la Sonata de Los Viajeres. Le touché et le phrasé parfaits des guitaristes font passer un très beau moment jusqu’à un final festif. La musique d’un cubain, joué par deux Brésiliens: ça danse!

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